Le pouvoir d’achat ne se décrète pas aux dépens de ceux qui créent la richesse

À chaque poussée de colère sociale, la même tentation revient : demander aux entreprises de payer la facture de l’apaisement politique.

Alors que le gouvernement envisage un coup de pouce au SMIC supérieur à sa revalorisation légale, sous la pression des organisations syndicales et dans un contexte de tensions sociales, une question mérite pourtant d’être posée : qui paiera réellement cette décision ?

Car si l’annonce d’une augmentation du salaire minimum relève bien de la responsabilité politique de l’État, son financement, lui, repose directement sur les entreprises. Une distinction qui semble quelque peu échapper à ceux qui envisagent aujourd’hui cette mesure comme un moyen de répondre à la colère sociale.

Personne ne conteste la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des salariés, particulièrement dans une période où les dépenses contraintes continuent de peser lourdement sur les ménages. Mais faut-il pour autant confondre politique salariale et politique de circonstance ? Le SMIC bénéficie déjà d’un mécanisme légal de revalorisation destiné à tenir compte de l’évolution des prix. Aller au-delà, sans autre justification économique que la nécessité de calmer une contestation sociale, revient à faire supporter aux entreprises le coût d’une décision dont elles ne maîtrisent ni le calendrier ni les motivations.

Cette perspective est d’autant plus préoccupante que les entreprises font déjà face à une augmentation structurelle de leur coût du travail. La réduction des allègements de cotisations sociales vient progressivement alourdir le coût de l’emploi, notamment pour les entreprises qui concentrent une part importante de leurs effectifs sur les bas et moyens salaires. Ajouter à cette évolution un relèvement supplémentaire du salaire minimum, c’est cumuler deux contraintes sur les mêmes acteurs économiques, sans véritable considération pour leur capacité à les absorber.

Et les conséquences ne s’arrêtent pas aux seuls salariés rémunérés au SMIC. Une augmentation supplémentaire du salaire minimum entraîne mécaniquement des tensions sur l’ensemble des grilles de rémunération. Elle peut conduire à une compression des écarts salariaux, à des revendications de revalorisation en cascade et à une remise en cause des équilibres conventionnels patiemment construits dans les branches professionnelles. Autrement dit, le coût réel d’un coup de pouce ne se limite pas à la différence inscrite sur la fiche de paie des salariés concernés.

Il y a surtout une contradiction économique profonde dans cette démarche. Comment prétendre soutenir l’emploi, encourager les entreprises à investir, favoriser les recrutements et renforcer notre compétitivité, tout en augmentant continuellement le coût du travail ? Comment demander aux entreprises de créer de la valeur, de prendre des risques et de développer leur activité, si chaque difficulté sociale devient l’occasion d’une nouvelle ponction sur leurs capacités économiques ?

L’entreprise n’est pourtant pas une variable d’ajustement budgétaire ou politique. Elle est le lieu où se créent les emplois, où se financent les salaires et où se construit la richesse collective. Fragiliser sa capacité à produire et à investir, c’est finalement fragiliser les conditions mêmes d’une amélioration durable du pouvoir d’achat.

Ce qui interpelle, au fond, c’est moins le principe d’une éventuelle augmentation du SMIC que la logique qui semble la guider. Faute de réponse structurelle aux difficultés économiques et sociales, le gouvernement paraît chercher dans une augmentation des obligations imposées aux entreprises une solution immédiate à une situation qu’il peine à maîtriser. L’État décide, les entreprises financent et l’économie encaisse.

Mais l’apaisement social ne se construit pas durablement à coups de charges supplémentaires. Il suppose une économie suffisamment solide pour créer des emplois, offrir des perspectives professionnelles et permettre aux salaires de progresser sur des bases pérennes.

On ne peut pas durablement améliorer le pouvoir d’achat en affaiblissant ceux qui le financent.

 

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